Review from RifRaf musiczine: 'Small Heads', maxi

Il faut avoir vu Lisa Germano en concert pour saisir la vraie portée de son univers. Sa voix murmurée susurre des états d'âme tristounets et apaisants, qu'accompagnent un piano bloqué sur trois ou quatre notes, une basse retentissante et, de temps en temps, une guitare saturée (la marque distinctive). Tout cela évoque pantoufles, dimanche de pluie, poupées d'enfant qu'on ne peut se résigner à jeter, avec sur le tout un petit voile de rêve éveillé, les yeux qui crissent à cause de Mr. Sandman. Des chansons qui parlent de son petit monde intérieur, aussi peu enclin à l'ouverture qu'un timide coquillage. OOOOhh... C'est-ti pas beau, tout ça ? Je vous emmerde, j'aime beaucoup Lisa Germano.

Deux merveilles délicates sont parues chez 4AD en 1994 : le bien-nommé 'Happiness' qui prouve que le bonheur peut se vivre dans le calme, que la passion couve sous certaines paupières qu'on croit endormies, et que s'éclater sur certains beats binaires et frénétiques est seulement une certaine forme de plaisir, et le souple 'Geek the Girl', recueil lent et magnifique pour qui se donne la peine de jeter une vraie oreille, ou même les deux, allez soyons pas chiches. Pour les vrais fans, je signale qu'il existe un album antérieur à ces deux joyaux, que tout le monde s'évertue à cacher. Faut pas, voyons ! Où qu'il est, le beau bébé ? Il s'appelle 'On the Way Down From the Moon Palace', oeuvre moins aboutie il est vraie, puisque si l'on reconnait déjà certains atermoiements propres à la belle, on découvre une certaine lourdeur typique de son ancien employeur, américain, bouseux et couillu, Mr John Mellencamp. Voilà, courez faire votre marché, one ne pourra pas dire que vous n'êtes pas informés, bande de zoulous.

Bon. Aujourd'hui nouveau maxi. Tout va bien, elle n'est pas guérie. Cette fois-ci, elle chante 'Fun Fun for Everyone' en donnant l'impression qu'elle assiste Patrick Dewaere dans son dernier acte terrestre. Pas de changement, tout va bien. On attend l'album pour juger définitivement.

Olivier de Broyer in RifRaf Musiczine #19, Sept. 1996

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