Vive le vent!

Quel vent! Pourvu que mon "Pattes-à-poils" ne s'envole pas, léger comme il est! Tant qu'à prendre un chien, j'aurais dû choisir un danois ou quelque chose du genre. Je ne serais pas toujours en train de me demander où il est passé... et il ne se réfugierait pas dans mes bras au premier bruit ou mouvement suspect. Enfin, il paraît que le choix d'un chien est révélateur de la psychologie du "maître". Je me demande bien ce que l'on déduirait de mon choix... Disons que le museau court et un rien écrasé symbolise la non-agressivité (phallique, ça va de soi). La taille,... ma foi, que pourrait-on trouver? La timidité? L'introversion? L'aspect ours en peluche: un attachement à l'enfance, un vieux besoin de sécurisation inassouvi...? Merde, les discours des "psy" m'énervent et voilà que je m'y mets! Mais que faire d'autre pendant que l'on se "promène" pour le pipi vespéral de sa petite bête adorée? Vive l'homme et son imagination qui lui permet d'échapper à n'importe quelle situation, fût-elle la plus prosaïque.

Tiens, à propos d'imagination, j'ai de sentiment d'être suivi. Et pourtant, nulle ombre ne croise la mienne. D'où cela peut-il provenir? C'est ça: ce bruit de glissement qui s'attache à mes pas et qui s'immisce entre les chuchotements du vent. Bizarre que mon chien n'ait pas peur. Mais d'où vient ce bruit? Ah, ce journal! Il... il me suit! Restons calme. Si je m'arrête, il s'arrête aussi. Oui, mais le vent vient de tomber. Rien de plus normal. Et mon "Pattes-à-poils", lui, lève la patte sans désemparer. Pas de quoi s'inquiéter. Pourtant, je suis certain que ce journal me suit! Ce pourrait bien être l'origine de ces phénomènes de disparitions inexpliquées. Le journal est la porte d'une autre dimension dans laquelle je serai englouti à jamais. Et dans cet au-delà, pas de feuilles publicitaires qui hantent les rues, donc, pas de voie d'issue, nulle sortie de secours. Brr... Ou alors... ou alors, ce serait une faille spatio-temporelle mobile qui errerait à la recherche de victimes pour nourrir d'énergie vitale je ne sais quel trou noir ou quelque abomination venue d'ailleurs...

- "Pattes-à-poils"! Viens! On est pressé!

Il allongea le pas et tourna le coin du pâté de maisons. Quand la boucle de la promenade fut bouclée, il était redevenu serein. Il sifflait je ne sais quel air ancien, évoquant avec joie les tartes de sa grand maman.

Il ne s'aperçut pas que le journal l'attendait sournoisement devant son seuil, tant et si bien qu'il le piétina tout le temps qu'il cherchait ses clefs. Il ouvrit la porte et fit entrer son "Pattes-à-poils". Au moment de le suivre, il délivra la chose imprimée de la meurtrissure de son poids... et elle se vengea, le mordant cruellement au mollet.


 


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