T rams ...

Un tram est embusqué, blotti entre les haies et les buissons verdissants. Pourquoi ce gros chat ne ronronne-t-il pas ? Son oeil de cyclope est allumé, mais il se moque de ses navettes sur les rails luisants.

Chuintant comme un serpent, un nouveau arrive. Il débusque la bête qui s'étire sur la voie médiane, à la poursuite de sa sieste.

C'est le reptile qui me happe dans sa chaleur artificielle. Il n'a pas besoin de soleil pour dévider ses rames dont les articulations grincent. Sa queue tinte et il s'élance, faisant hocher les têtes de concert.

Et c'est le premier arrêt, ponctué d'un nouveau coup de queue sonore.

Glisse, rampe, halte. Glisse, rampe, halte. La chanson monotone est entrecoupée de stridulences et de grelots acides.

Son monde clos berceur capture de nouvelles proies : il a horreur du vide jusqu'à être empli. Alors, il semble palpiter, animé de vies nouvelles, jouant à bousculer les membres qui s'emmêlent.

Il se coule dans les courbes et craque de toutes ses jointures quand il s'arrête. Il repart, jamais arrivé si ce n'est pour avaler de plus belle les rails qui lambinent.

Le soleil se moque bien de ses néons et il l'allume et l'éteint au rythme des carrefours et des ruelles. Ritournelle endiablée à laquelle la bête froide ne peut se soustraire, malgré des crescendos de sonnettes.

Il se venge comme il peut de sa liberté entravée : il fait semblant de ne pas desserrer ses mâchoires aux navetteurs pressés. Il hésite puis se soumet à son sort et repart en grinçant dans ce jeu sans gagnant : à la fin, il reste seul.

Et dans son dépôt si noir, il n'ose s'endormir. Il épie les vieux chats de métal qui guettent les jeunes reptiles trop arrogants et imprudents.

03/04/03

 



RETOUR