The end

"C'est affreux, elle a crié comme un chien!"

Et la petite dame en gris gît là, sur le sol, son petit corps usé, d'un côté et, d'un autre, sa jambe égarée, pauvres morceaux d'une vie.

Sa fin fera dix lignes dans les faits divers et cinq pages d'un dossier de police vite rangé aux "affaires classées".

La petite dame n'a jamais causé autant d'embarras, jamais suscité tant d'intérêt... de la part des assureurs.

Et si elle le savait, elle en pleurerait toutes les larmes de son pauvre petit corps coupé en deux.

Discrétion, c'est tout ce qu'elle a été, c'est tout ce qu'elle a souhaité. Et voilà que, pour un jour ou deux, elle devient la principale préoccupation de tous ces inconnus qui l'avaient peut-être un jour croisée sans même l'apercevoir.

Les témoins cauchemarderont quelques nuits.

L'assureur y laissera quelques millions.

Le flic de quartier tapera machinalement un dossier en trois exemplaires, se dira qu'il devrait raconter ça à sa femme (pour une fois, il aurait quelque chose à lui dire...) et oubliera en s'endormant devant le poste de télévision.Et dans la morgue froide, la petite dame en pièces détachées survole ses tristes morceaux et part à la recherche d'un lieu plus serein et plus ensoleillé, quelque part où elle pourrait enfin se reposer d'une vie si longue et si morose. 


 


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