Promised Land

Lorsque tu traversas les portes de la mort
tu savais quelle direction emprunter
ton paradis rêvé avait déjà été créé

Le voyage te sembla long et périlleux
il ne fallait jamais perdre ton but de vue
même quand d'autres espaces s'ouvraient à toi

Tu survolas le monde que tu quittais
et insensiblement il se modifiait sous tes yeux
ou tu en percevais d'autres essences

Les feux sonores des villes disparurent bientôt
les eaux profondes et les monts courbes se confondirent
firent place à des landes vagues et des steppes brutes

La dissolution accomplie, tu pus assumer ton choix
et ton rêve était si fort, tes larmes si fertiles
qu'elles ensemencèrent ton paradis à ton insu

Ton errance prenait forme, l'air devenait palpable
tu pris même goût à t'éloigner de ses voies balisées
pour t'élever quelque instant vers les myriades étoilées

Puis, fondant à nouveau vers la matière
tu plongeas de plus belle en tourbillonnant
tel une feuille morte en quête de rédemption

Des aires plus vastes aiguisaient tes désirs
pourtant plus rien ne pouvait te détourner
de ton pays mille fois visité en songe

Tu savais que l'on t'attendait comme un frère
même si le temps avait cessé de peser sur ton âme
encore fragile et incertaine, tanguant entre deux rives

Tu distinguas enfin le volcan inexpugnable
tu te rapprochais tellement vite de ses dents de scie
que tu craignis d'y déchirer tes ailes virtuelles

Tu te recroquevillas pour amortir le choc fatal
te retrouvant sans comprendre à l'abri de ses contreforts érodés
où l'eau glauque et la brume de bronze te noyèrent

Le souvenir des totems grimaçants te fit frissonner
tu savais pourtant qu'ils ne pouvaient te menacer
et tu te dissolus enfin entre eaux et voiles opaques

L'homme vous attendait placide: tu as fait un long périple
tu dois être fatigué, viens te reposer, furent ses paroles
identiques pour tes deux moi incarnés

Mais avant, un de tes êtres eut le privilège insigne
de contempler celle que tous appelaient Lady Jane
l'autre alla simplement s'affaler sur son lit d'algues

Elle prenait appui sur la queue de son scorpion
qui glissait par les venelles pentues, docile et libre pourtant
chacun ici avait choisi sa destinée et son rôle

La foule bigarrée frémissait d'émotion et bruissait
de soies froissées, de plumes irisées et de souffles retenus
tu restas ébahi, même lorsque le cortège s'éloigna

Ton guide te conduisit à ta demeure
te laissant prendre possession de ton royaume
et se retirant pour accueillir un nouvel hôte

Tu t'endormis sur-le-champ dans un lit duveteux
te disant que demain, si demain avait un sens ici
tu pourrais à loisir explorer cet univers qui était tien

Tu rêvas de Lady Jane et de ses cheveux de feu
tu pressentis qu'elle était la première et l'unique
dans ce monde de dualité pleinement incarnée

Et à ton réveil, tu serais enfin deux
l'un de l'autre ignorant pourtant, vivant votre existence
vous croisant sans le savoir dans les méandres des sas

Allant à votre guise de la sphère de l'eau à celle de la terre
gravissant à rebours des sentes parallèles
offrant à ton âme insatiable de vivre enfin ses vies à son gré.



RETOUR