La Fusion Universelle

The communist world is fallin' apart
The capitalists are just breakin' hearts
Money is the reason to be
It makes me just wanna sing Louie Louie...

 


Je coupai la radio en même temps que le contact de ma voiture en me disant que les vieilles chansons, comme les vieilles légendes, ont la peau dure...

J'avais mal au crâne et je regrettais amèrement d'être passé à la rédaction tout en sachant ce qui m'y attendait. Depuis l'annonce de la disparition d'un des plus célèbres prix Nobel, tous mes collègues se prenaient peu ou prou pour Einstein. Ils ne parlaient plus que par formules mathématiques ou théories qu'aucun d'entre eux ne comprenait mais qu'on trouvait sur toutes les lèvres et surtout dans tous les canards, le mien y compris. Le plus à plaindre, c'était encore Raymond, qui se défendait d'ordinaire fort honnêtement dans la page des sciences et avait été mis hors jeu parce que la disparition de Tuckler avait fait passer l'astrophysicien de sa rubrique confidentielle à celle des faits divers juteux. Raymond hantait désormais la rédaction, l'air navré d'entendre, dénaturé, tout ce qu'il avait essayé de vulgariser sans le déformer. Il y a des jours qu'on préférerait ne pas avoir à vivre.

Même si je n'étais pas autant à plaindre que lui, ce n'était pas la grande forme. Toute cette effervescence me faisait une fois de plus réfléchir à mon boulot et à ses contingences. Le noble mobile pour lequel j'avais choisi la profession de journaliste me paraissait de plus en plus futile face à la course aux scoops qui dissimulait mal l'ambition médiocre de ceux qui y participaient. C'est tout juste si j'étais à peine toléré: il fallait bien des tâcherons comme moi pour meubler les pages intérieures du journal...

Je balayai ces pensées maussades. Je venais de me parquer en face des bureaux de La Fusion Universelle, secte qui était à mon menu pour compléter le dossier que j'avais entrepris sur ce sujet controversé. J'en avais déjà visité des temples, des ashrams, des fermes biologiques, des entreprises modèles,... Partout, dès le premier contact, j'avais ressenti une hostilité larvée sous la politesse prudente. En fait, La Fusion Universelle était la seule organisation où l'on m'avait répondu de la façon la plus simple et la plus charmante qui soit et que la paranoïa ne semblait pas encore avoir gagnée. De deux choses l'une: ou bien il n'y avait vraiment rien à cacher, ou la puissance de la secte était telle qu'un petit journaliste ne leur paraissait pas pouvoir menacer leur image de marque. Et quelle image: La Fusion Universelle, d'après les prospectus que j'avais consultés, accueillait en général des gens en mauvaise santé, ou plutôt des éclopés en tous genres que l'on trouvait, au fil des pages, souriant de toutes leurs dents. La démarche de l'association était simple: faire oublier les membres perdus, le handicap ou la maladie en ouvrant la porte de la Grande Fusion, d'abord entre membres, puis avec la Conscience Universelle. Les règles de vie y étaient à la fois strictes et saines: les repas se préparaient et se prenaient en commun; chacun remplissait une tâche utile à la collectivité et dans la mesure de ses aptitudes; les couples pouvaient y cohabiter, qu'ils soient ou non officiels; les enfants étaient rares, mais scrupuleusement envoyés dans les meilleurs établissements de la ville,...

Comme d'habitude, l'aspect financier avait été laissé de côté, mais je comptais bien profiter de mon entretien avec Dorian Brainwood, le directeur, pour éclaircir ce point. Le bâtiment qui abritait La Fusion Universelle était un ancien hôtel de maître art nouveau qui avait subi une récente réfection. L'argent, en effet, ne devait pas manquer. J'appuyais sur le carillon de cuivre bien astiqué et la porte de chêne s'entrouvrit sans que l'on m'ait demandé mon identité.

Le hall était vaste, le parquet impeccablement ciré, les tapis sans l'ombre d'une poussière et les cadres et les objets anciens reluisaient dans la lumière que dispensait la verrière. Il se passa quelques secondes avant qu'une charmante jeune femme, sans doute celle-là même à la voix suave que j'avais eue au téléphone, ne vienne à ma rencontre. Ses longs cheveux cendrés étaient ramenés en un chignon compliqué dont tombaient quelques mèches faussement rebelles. Elle avait une bouche immense et discrètement maquillée qui dévoilait des dents d'albâtre. Ses grands yeux gris, magnifiquement mis en valeur, me fixaient sans animosité. Elle franchit les derniers mètres qui nous séparaient et me tendit la main:

- Monsieur Frémion, je suppose. Je suis Alexandra Skin, l'assistante du Docteur Brainwood.

Sa main était souple et fraîche et son léger accent chantant parfaitement assorti à la longue robe beige qui moulait ses formes parfaites sans ostentation. Si tout le monde était égal dans La Fusion Universelle, il en était comme partout ailleurs, certains étaient toujours un peu plus égaux que d'autres...

- Si vous le permettez, je vais vous faire visiter notre maison et ses dépendances avant que vous ne rencontriez le Docteur. N'hésitez pas à me poser toutes les questions qui vous brûleraient les lèvres.

- Je vous en remercie, balbutiai-je sans pouvoir dégager mes yeux des siens qui semblaient sonder mon esprit dans lequel je refoulai à toute allure un c'est trop beau pour être vrai...

Le hall se prolongeait par un large couloir central. Chaque porte qui y donnait portait le nom de la personne qui l'occupait et son affectation gravés sur une plaque de cuivre en lettres noires et en braille. Rien ne semblait avoir été laissé au hasard pour le confort des moins valides. J'avais déjà aperçu une discrète cage d'ascenseur dissimulée derrière des plantes grasses et qui permettait aux handicapés moteurs d'accéder aux étages. Ma guide m'entraîna d'abord vers ce qu'elle avait appelé les dépendances. Nous débouchâmes sur une vaste cour ombragée par de vénérables noyers dont les bogues tombées embaumaient l'air. De part et d'autre se trouvaient d'anciens hangars industriels d'un ou deux étages qui avaient été réaffectés en cuisine et salle à manger communes, en ateliers, en salle de sport, de réunions ou de cours. L'un d'entre eux avait même été transformé en piscine. Les commentaires d'Alexandra étaient une perfection de naturel et de sobriété et je commençais à comprendre pourquoi, outre son apparence, elle était l'assistante du Docteur.

Comme nous revenions vers la maison, je lui demandai quels étaient les motifs de son adhésion à la secte.

- Vous savez, Monsieur Frémion, sans le Docteur Brainwood, je serais probablement morte à l'heure qu'il est, comme bon nombre de nos adeptes d'ailleurs. Comment ne pas faire confiance et apporter son aide à un homme qui, grâce à la science, fait des miracles bien réels et nous assure une vie bien meilleure que celle que nous n'aurions jamais pu espérer.

Je voulus en savoir plus, mais me devançant, Alexandra continua:

- Peu importe nos destinées individuelles, si tragiques fussent-elles. L'important, c'est que nous ayons trouvé refuge et espoir ici...

Rien à redire, elle avait bien appris sa leçon. Nous parcourûmes ensuite les différents étages, cinq avec les combles, où se trouvaient les logements des membres permanents. Certaines personnes ne pouvant pas ou ne désirant pas résider à l'hôtel de La Fusion Universelle y venaient uniquement pour se ressourcer, selon les dires de ma guide. Nous visitâmes plusieurs appartements particuliers qui comportaient au moins une pièce par personne, et une salle d'eau. Le tout était aménagé avec beaucoup de bon sens et de bon goût en fonction de ses habitants. Comme je m'étonnais d'avoir vu très peu de monde, Alexandra me dit que c'était un jour de congé et que les adeptes étaient partis visiter un autre centre en province. Il ne restait que ceux qui avaient préféré rester.

Lorsque nous retournâmes vers le bureau du Big Boss, je me disais qu'il valait peut-être mieux, pour nombre de ces gens, vivre ici que d'être obligés de jouer les monstres de foires. C'est donc avec un a priori favorable, bien qu'un peu sceptique, que j'abordai le Docteur Brainwood.

Après plus d'une heure d'entretien avec le Docteur Brainwood, j'étais absorbé par des pensées contradictoires.

- Hé! Faites attention!

Cette voix...

- Bonjour, inspectrice Marjac. On dirait que le hasard ne fait pas bien les choses.

- Ça, vous pouvez le dire, Frémion! Il faut toujours que je vous trouve dans mes pattes. Mais puisque le destin s'en mêle, passez donc me voir au bureau demain à dix heures...

J'avais passé une nuit atroce hantée de monstres tout droit sortis de Freaks qui cherchaient à m'entraîner dans un gouffre sans fond. C'est donc mal rasé et les yeux bouffis que je frappai à la porte de l'inspectrice Marjac.

- Entrez, fit-elle de son ton peu amène.

- Vous avez aussi mal dormi? demandai-je en guise de bouclier a une de ses imparables vacheries.

- Pire: je n'ai pas dormi du tout.

Généralement tirée à quatre épingle, ses cheveux noirs soigneusement nattés, l'inspectrice Marjac n'avait effectivement pas son apparence des meilleurs jours. Elle avait dénoué ses cheveux et enlevé ses chaussures, posant sans vergogne les pieds sur son bureau.

- Je peux savoir ce que vous foutiez à La Fusion Universelle, hier après-midi? continua-t-elle

- Rien de spécial, Je complète mon dossier sur les sectes...

- Et bien on peut dire que, consciemment ou non, vous avez toujours l'art de flairer le scoop.

- Comment ça?

- Devinez pourquoi j'allais voir Brainwood.

- Une plainte d'un membre de la famille d'un des adeptes, je suppose.

- Si ce n'était que ça... Non, pour l'affaire Tuckler.

- Encore lui!

- Je sais, ça n'est pas très original alors que les polices des cinq continents sont sur le coup. Mais il semblerait bien que nous ayons touché le gros lot.

- Nous?

- Vous et moi.

- Je ne comprends pas.

- C'est simple: vous allez me servir de chèvre.

Je savais que je devais m'attendre à tout, mais je restai le bec cloué.

- Quelle impression vous a fait le bon docteur? enchaîna-t-elle comme si elle était sûre de mon approbation.

- Charmant, a priori. Peut-être un peu trop aimable et bardé de diplômes... En tout cas, je ne mettrais pas ma main à couper à propos de ses mobiles profonds.

- Vous avez tout à fait raison. Avez-vous vu beaucoup d'adeptes, hier?

- Non, il n'y avait que quatre ou cinq personnes...

- Ça ne vous a pas étonné? Je ne sais comment, Brainwood était prévenu de ma visite et avait comme par hasard envoyé promener les membres à qui je désirais parler.

- Oui, je sais, ils étaient parti voir une maison soeur.

- C'est ce que l'on m'a dit aussi. Moi, j'appelle ça une soustraction de témoins à charge.

- Ah? fis-je, interloqué. Expliquez-moi à la fin... Et quel est le rapport avec Tuckler?

- Croyez-vous vraiment que tous les membres de La Fusion Universelle étaient éclopés en y arrivant?

- Comment?

- Et oui. L'organisation a en effet recueilli quelques membres alibis, les autres y sont entré en parfaite santé... et entiers. Nous débordons de témoignages.

- Quelle horreur! Mais pourquoi les mutile-t-on?

- Il y a deux réponses à cela. La version officielle veut que chaque adepte fasse don d'un de ses membres ou organes pour participer à la Fusion Universelle.

- Mais qu'en fait Brainwood? Un nouveau Frankenstein?

- Vous n'avez pas tort. Mais ceci n'est que la partie visible de l'iceberg pour les gens qui sont initiés. Que pensez-vous que le docteur puisse faire de trois cents reins, quarante-cinq membres divers, sept cents paires d'yeux, et le reste à l'avenant?

- Du trafic d'organes, mais c'est, c'est...

- Et ce n'est pas tout, justement. Si ce trafic assure des revenus juteux à Brainwood et à son adorable assistante, il leur permet également de mener à bien leur projet mégalomaniaque: créer un surhomme.

Je m'effondrai dans mon fauteuil en murmurant: Y en a vraiment qui n'ont rien compris à Nietzsche. J'en bondis comme une fusée:

- Tuckler, c'est son cerveau qu'ils veulent! C'est pour cela qu'ils l'ont kidnappé!

- Vous y êtes presque, à un détail près. Si les sportifs de haut niveau disparus récemment ont tous été très probablement enlevés par Brainwood, Tuckler, au contraire, participerait de son plein gré à l'expérience... On peut le comprendre...

Je pouvais très bien me mettre à la place de ce génie, un des cerveaux les plus brillants de notre ère, rivé à son fauteuil roulant électrique et obligé d'employer une voix synthétique pour communiquer. Il aurait fallu être un saint pour refuser l'aubaine d'un corps neuf et athlétique de surcroît.

- Qu'attendez-vous de moi au juste?

- Que vous retourniez voir Brainwood, sous un prétexte quelconque et que vous l'ameniez à vous dévoiler l'emplacement de son bloc chirurgical. Je suis certaine qu'il est quelque part dans la maison mère, mais malgré notre perquisition, nous n'avons rien trouvé.

- L'enfance de l'art, quoi... Vous m'envoyez à la boucherie, dites-le franchement.

- Vous savez bien que je prends toujours les précautions nécessaires. Vous serez muni d'un micro miniaturisé et, en cas de perte de contact, nous interviendrons dans les minutes qui suivront.

- Vous oubliez un détail: vous ne connaissez pas l'emplacement du laboratoire. S'il m'y enferme, comment ferez-vous pour me sauver, preuse gente dame?

- Aucun plan n'est parfait... Vous avez mieux à me proposer?

Évidemment, je n'avais rien de mieux à proposer, je n'étais pas flic, moi. Et en sonnant à La Fusion Universelle, j'en étais toujours à me demander pourquoi je m'étais laissé prendre dans un plan aussi foireux... D'accord, Marjac avait de beaux yeux, mais tout de même, ça ne pouvait pas tout justifier. Y a des jours comme ça qu'on préférerait ne pas avoir à vivre...

Cette fois, ce fut Brainwood lui-même qui m'accueillit. Son profil d'aigle était encore accentué par la lumière fade que dispensait la verrière, en ce triste matin pluvieux. Ses cheveux grisonnants plaqués en arrière et son maintien d'aristocrate anglais rendaient le personnage encore plus inquiétant que tout ce que je savais sur lui. Il avait l'air épuisé.

- Bonjour, Monsieur Frémion. J'ai cru comprendre que vous souhaitiez me poser encore quelques questions...

Sa voix était pâteuse, mais sur son visage émacié, je pouvais contempler une satisfaction évidente qu'il dissimulait mal. Il n'y avait pas un bruit dans la maison, les pensionnaires ne devaient pas être rentrés. J'étais seul dans l'antre du monstre...

- Oui, en relisant mon dossier, j'ai constaté que vous aviez de nombreux diplômes dans toutes les branches de la chirurgie. J'aurais voulu savoir si vous mettiez vos multiples talents au service de vos membres qui en ont, en général, le plus grand besoin.

- Oh, vous savez, notre enseignement leur permet de surmonter moralement leur handicap. Une fois qu'ils l'ont accepté, ce sont eux-mêmes qui font les miracles. Cela dit, il arrive parfois que je doive les aider différemment... Cela vous intéresse-t-il de voir comment je pratique?

Le rictus de sa bouche n'annonçait rien de bon, mais il m'était impossible de reculer. Mon hôte m'avait pris par le bras et sa main avait la puissance d'un étau. Je frémis en imaginant que ce n'était peut-être pas la sienne... Je passai discrètement la main derrière le revers de mon col où se trouvait le micro. Brainwood, avançant comme un automate, ne semblait pas avoir remarqué mon geste.

- Où m'emmenez-vous? m'enquis-je, soucieux d'informer ma protectrice.

- Vous le verrez bien assez tôt.

Nous passâmes près des plantes vertes qui dissimulaient l'ascenseur. Alexandra Skin en jaillit, tendant vers mon visage un mouchoir dégageant une odeur âcre.

Lorsque je revins à moi, j'étais nu comme un ver et solidement attaché sur une table chirurgicale. Brainwood, qui devait guetter mon réveil, fondit sur moi en brandissant le micro miniaturisé au bout de son fil.

- Vous croyez vraiment pouvoir m'abuser avec ceci? Je croyais que les journalistes, au contraire des policiers, étaient capable de faire preuve d'imagination. Je suis au regret de constater que ce n'est pas le cas. Vous me mettez bien dans l'embarras, monsieur Frémion... Je pensais pouvoir faire quelque usage de votre cerveau et je m'aperçois que je vais devoir m'en tenir aux bas morceaux. Dommage, vraiment dommage...

Et tandis qu'il me regardais avec l'oeil du boucher qui veut tirer le meilleur parti d'une carcasse, j'entendis un bruit de pas pesants. Incapable de lever la tête, je vis de docteur se retourner:

- Ah, Prométhée, vous êtes-là. Vous tombez bien: ce monsieur me pose un sérieux problème...

- Il ne vous posera pas de problèmes très longtemps, à ce que je vois! fit une voix de stentor légèrement traînante, comme si son propriétaire sortait d'un sommeil profond.

- Non, effectivement, j'en aurai bientôt fini avec lui...

- Plus rapidement que vous le croyez! dit Alexandra Skin, que je n'avais pas entendue venir. Libérez-le.

- Comment? Alexandra, de quel droit?...

Brainwood s'était retiré de mon champ de vision, il tremblait de tous ses membres. Alexandra le menaçait d'un revolver en lui faisant signe de s'éloigner de la table. Apparut alors un colosse de plus de deux mètres de haut qui, avec quelques tremblements, mais une délicatesse extrême rompit les liens qui m'entravaient. Lui aussi étaient complètement nu. Abasourdi, je me relevai péniblement et contemplai la scène. Alexandra se rapprocha de celui que le docteur avait appelé Prométhée.

- Nous allons partir, dit-elle avec assurance.

- Partir, mais c'est impossible, vous le savez bien. Vous me devez la vie, Alexandra, vous ne pouvez pas me faire ça...

- Calmez-vous, Docteur, dit l'homme tout en muscles dont la longue chevelure ébène cascadait jusqu'à sa poitrine. Tout est fini à présent. Vous avez eu ce que vous vouliez et nous aussi. Nous ne pouvons pas tolérer davantage que vos sinistres expériences se répètent.

Fou de rage, Brainwood brandit un scalpel et tenta d'en frapper l'homme qui le toisait.

- Ne soyez pas ridicule! dit ce dernier en envoyant l'arme à l'autre bout du laboratoire d'une simple chiquenaude. Sachez au moins vous montrer bon perdant.

Le docteur écumait de rage:

- Vous ne pouvez pas, vous m'appartenez, vous...

- Je ne dirai pas que c'est pour mon malheur, Docteur Brainwood, je ne serai pas ingrat à ce point, mais si j'avais été au courant que d'un dixième des abominations dont vous êtes capable, jamais je n'aurais accepté votre proposition. Il est trop tard, aujourd'hui. C'est pourquoi je compte bien profiter de la chance que vous m'avez involontairement offerte et essayer, vaille que vaille de faire la paix avec ma conscience.

- Qu'allez-vous faire? lacha Brainwood d'une voix blanche.

- Nous allons voir sous d'autres cieux s'il nous est possible de nous refaire une vie, dit doucement Alexandra en posant la main sur l'épaule de Prométhée.

Le Docteur, contrairement à tout ce que j'attendais, s'effondra en larmes. Prométhée et Alexandra lui jetèrent un regard empreint de pitié et se tournèrent vers moi.

- Vous trouverez vos vêtements dans la pièce à côté. C'est par là que vous parviendrez à sortir. Je vous demanderai néanmoins de bien vouloir attendre quelques minutes avant de contacter l'Inspectrice Marjac, pour nous permettre de fuir, naturellement, me spécifia l'homme.

- Je comprends, dis-je en opinant. Je me demandais où il allait pouvoir trouver de quoi se vêtir, mais en l'occurence, ce genre de réflexion s'avérait tellement absurde... A l'occasion, donnez-moi de vos nouvelles... ajoutai-je sans y croire.

Leur esprit était déjà à cent lieues du laboratoire. Ils sortirent sans bruit. Je jetai un regard inquiet à Brainwood, mais il continuait à sangloter tel un enfant. Je me décidai à me lever et à récupérer mes frusques, imaginant le savon que Marjac allait me passer. Tant pis, elle n'aurait qu'à se contenter du Docteur: je n'avais vu personne d'autre. Après tout, ce n'était pas mon boulot... Je soupirai en pensant à l'avenir des deux créatures qui venaient de s'enfuir. Dommage que je n'aie pas le temps d'écrire un roman qui aurait à coup sûr fait un best-seller. On ne se refait pas. Lorsque je sortis, une radio voisine fredonnait.

Louie Louie,
Oh Baby I gotta go
Let's go

 



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