Une Ardenaise dans la tourmente: Théroigne de Mericourt

La vie de Théroigne de Méricourt a ressemblé en tout à l'époque troublée qu'elle a traversée. Pleine de tourments, de malheurs, d'espoirs et de désillusions, à peine allégée par quelques années de quasi-bonheur pour déboucher dans la folie de la Terreur pour la Révolution française et dans la folie tout court pour Anne Josèphe. A la différence près que le Terreur aura une fin et que notre compatriote finira ses jours à l'asile.

Son destin colle autant à son époque qu'à celui des femmes de son temps: considérées comme bien peu de choses (mais dont on pouvait parfois tirer beaucoup ...) pleines d'espoirs en la Révolution pour finir à l'échafaud pour les plus audacieuses (telles Olympe de Gouges ou Manon Roland) ou dans l'enfermement plus étroit que jamais de leur ménage.

En lisant l'ouvrage d'Elisabeth Roudinesco : " Théroigne de Méricourt. Une femme mélancolique sous la Révolution ", un mot revient en tête tel un leitmotiv: dépossession. Il est le signe, le symbole de la vie entière d'Anne Josèphe.

Anne Josèphe Terwagne naît le 13 août 1762 à Marcourt (près de La Roche) dans une famille paysanne aisée et propriétaire dont elle est l'aînée. Une remarque s'impose à propos de son nom. Si elle l'orthographiera elle-même en Théroigne pour le franciser, le pompeux Théroigne de Mérincourt lui sera donné par la presse royaliste.

Sa jeunesse ressemble à un roman de Georges Sand. Elle a deux frères; Pierre-Joseph et Nicolas-Joseph et elle perd sa mère à la naissance de ce dernier. Elle a alors cinq ans. On la confie à une tante liégeoise qui s'en débarrasse aussitôt en la mettant dans un couvent où elle apprendra la couture jusqu'à sa communion. Mais la pension coûte trop cher et sa tante la reprend chez elle pour en faire sa domestique. Maltraitée, elle s'enfuit et retourne à Marcourt. Son père s'est remarié ( une dizaine d'enfants naîtront de cette union) et la belle-mère d'Anne-Josèphe la traite d'abord avec indifférence, puis devient tyrannique. Suite à de mauvaise affaires, sa famille est ruinée. A treize ans, elle fuit à nouveau, emmenant ses deux frères. L'un part pour l'Allemagne, l'autre se réfugie avec sa soeur chez leur grand-mère à Xhoris. Elle y est encore plus mal traitée que chez sa tante: on lui impose des travaux trop lourds et on se moque de sa faiblesse. Elle repart alors pour Liège où elle se fait bien plus mal accueillir que par le passé. Elle réussit une nouvelle fugue (malgré les précautions de sa tante qui lui avait confisqué ses vêtements et ses effets personnels) et travaille un an comme vachère dans le Limbourg. Ensuite, elle est gouvernante d'enfants à Liège. C'est à Anvers en 1778 qu'elle rencontre Madame Colbert dont elle devient la demoiselle de compagnie. Ce sont les années les plus heureuses de Théroigne. Elle apprend l'écriture et la musique dans le but de mener une carrière artistique. Elle prend goût à la culture et aux voyages. A cette époque, on la décrit ainsi : " Jolie, petite, avec des yeux bleus, un teint de poire et des cheveux châtains. Elle ne pleure ni ne rit. Sa physionomie est mobile, ses pieds et ses mains sont d'une finesse remarquable " (p.22)

A vingt ans, elle rencontre un officier d'infanterie anglais qui, sous des dehors " honnêtes ", n'est qu'un " banal séducteur ". A peine a-t-elle cédé à ses avances qu'il oublie ses promesses de mariage. Il l'entraîne alors à Paris où il mène une vie de débauche. Anne-Josèphe ne parvient pas à le raisonner. Elle le quitte et il lui donne 200.000 livres qu'elle convertit en bijoux et en rente. Désormais, elle vivra de cette somme et de placements. Un vieux marquis, Anne-Nicolas Doublet, s'éprend d'elle et tente de se l'attacher en la couvrant de cadeaux. Elle refuse de lui abandonner sa liberté mais le persuade malgré tout de lui allouer une rente confortable en échange d'une grosse somme d'argent qu'elle lui confie.

Tout en donnant l'image d'être une femme entretenue, elle conserve donc sa liberté et mène une vie privée fort austère. Elle s'éprend d'un ténor italien célèbre et fait le projet de le suivre en Italie pour y chanter avec lui. Mais il ne l'y emmène pas. C'est après cette nouvelle déception qu'elle accouche d'une petite fille qui mourra très jeune de la variole. A partir de 1787, elle a une nouvelle aventure avec un castrat qui l'emmène effectivement en Italie. Avant d'entreprendre ce voyage, elle se rend en visite à Marcourt et y apprend la mort de son père en 1786. Sa belle-mère vit dans la misère avec sa nombreuse progéniture. Théroigne prend alors en charge ses deux frères germains et le fils ainé du second mariage. Elle les dotera ou leur trouvera un emploi.

Son nouvel amant s'avère vite de la même trempe que les autres. Arrivée à Gênes, elle le traîne en justice pour l'avoir escroquée dans un contrat qu'elle avait signé sans même l'avoir lu. Il s'enfuira non sans lui dérober de l'argent!

Elle est alors obligée de séjourner un an à Gênes pour se faire soigner. Elle a contracté une maladie vénérienne et le traitement au mercure est long et éprouvant. Ensuite elle se rend à Naples et à Rome. Mais à partir de 1789, elle met fin à sa vie mondaine.

Paraphrasant le célèbre aphorisme de l'Abbé Sieyes : " Le Tiers Etat n'était rien, devait être tout, et prétendait devenir quelque chose " Elisabeth Roudinesco nous fait bien comprendre pourquoi Théroigne "  entra en Révolution " : " La paysanne de Marcourt était ce Tiers Etat : elle n'était rien, elle devait être tout et rêvait de devenir quelque chose. " (p.39)

Dès août 1789, Théroigne s'installe à Versailles pour ne rien manquer des travaux de l'Assemblée. Elle s'habille désormais en amazone. Elle avoue elle-même ne pas comprendre grand chose aux délibérations, mais s'y instruire peu à peu. C'est ainsi qu'elle est " persuadée que la justice et le bon droit était du côté du peuple. " (p.39)

Contrairement à ce que l'on prétendra plus tard, nous verrons pourquoi, elle ne participe pas aux sanglantes journées d'octobre. Le 5 au soir, elle siège à la Constituante. Le 6, elle est présente à l'ouverture des portes de l'Assemblée qui est presque déserte.

Le 19 octobre, l'Assemblée déménage pour Paris. Théroigne la suit et continue à la fréquenter chaque jour. Cette assiduité, sa conduite à présent irréprochable et sa fidélité patriotique lui valent l'estime de nombreux députés et le surnom de " la belle Liégeoise ". Elle ouvre alors un salon, réservé aux hommes politiques où certains se retrouvent, le soir, après les travaux de l'Assemblée.

Gilbert Romme devient son ami et son " directeur de conscience ". Mais la notoriété toute neuve de Théroigne en fait la bête noire de la presse royaliste : elle y est décrite comme une catin assoiffée de sang. C'est le 10 novembre 1789 qu'on l'appelle pour la première fois Théroigne de Méricourt. C'est cette même presse qui fabrique avec force détails " véridiques " et gravures l'image d'une Théroigne sanguinaire menant les émeutiers des 5 et 6 octobre. Plus elle sera connue et reconnue, plus elle sera en butte aux dénigrations et plus seulement de la part des Royalistes. Tout concourt à faire d'elle la " chèvre émissaire " des contre-révolutionnaires : son origine plus que modeste, sa vie prude, son refus de sa féminité affiché dans son habillement, ses propensions à l'intellectualisme et un certain mystère entourant son passé. Ils y puisent les ingrédients pour produire d'intarissables et infamants romans.

En janvier 1790, elle fonde, avec Gilbert Romme, la " Société des Amis de la Loi " dont elle avait eu l'idée. Elle est la seule femme du groupe qui compte environ 20 membres et en est l'archiviste. Le but de ce groupe est d'informer le peuple des travaux de l'assemblée.

Le 31 janvier 1790, Théroigne est la seule à s'insurger contre l'affirmation lancée : "  Les droits de l'homme sur la femme et réciproquement les droits du père sur ses enfants sont ceux du protecteur sur son protégé ." (p.53)

Elle propose de rédiger un mémoire à ce sujet. Son projet n'aboutira pas, mais l'on trouvera sur un papier qu'elle porte toujours sur elle des aphorismes à propos de " La liberté des femmes qui ont les mêmes droits naturels que les hommes et qu'en conséquence, il est souverainement injuste que nous n'ayons pas les mêmes droits en société. " (p.53) A la fin de janvier, déjà, la société des Amis de la Loi se révèle inefficace et trop élitiste. Elle sera dissolue en mars.

C'est un nouvel échec pour Théroigne. Elle prend conscience de sa position marginale en tant que femme. Même si elle décide de revendiquer pour le bien de l'humanité en général, on ne manquera jamais de lui faire remarquer qu'elle n'est pas à sa place. En février 1790, par exemple, elle doit quitter un groupe de députés avec lesquels elle marchait vers l'Assemblée, non parce qu'elle n'est pas député, comme d'autre participants de ce cortège, mais simplement parce qu'elle est femme !

Fin Fevrier, elle tente de se faire admettre au District de Cordeliers. Son discours y déchaîne l'enthousiasme (y compris Danton et de Fabre d'Églantine), mais on refuse de l'y admettre. Elle essaie néanmoins de profiter de cette publicité momentanée pour former un autre club : Le Club des Droits de l'Homme. Elle veut y défendre la fraternité, les bonnes moeurs, la justice, la vertu et y désire par là faire connaître leurs droits aux opprimés. Mais personne ne la suit dans cette voie.

Sa situation financière devient précaire. Toute sa fortune est gagée et ses frères se font toujours entretenir.

Pendant ce temps, la presse royaliste continue sa campagne de dénigration contre Théroigne, si bien que des témoins sont à présent certains de l'avoir vue participer aux journées d'octobre. Or, des poursuites ont été entamées contre les émeutiers. Durant l'été 1790, Théroigne doit quitter Paris et France : " Je quittais la Révolution française sans trop de regrets, [...], car j'éprouvais tous les jours quelques désagréments dans les tribunes de l'assemblée nationale ; il y avait toujours quelques aristocrates à qui mon zèle et ma franchise déplaisaient, qui me lancèrent quelques sarcasmes ; tantôt on me vexait, tantôt on me tendait des pièges, j'avais tous les jours quelques nouveaux désagréments tandis que les patriotes au lieu de m'encourager et de me rendre justice, me tournaient en ridicule : voilà la pure vérité, j'étais donc pour ainsi dire dégoûtée " (pp.56-57). On le serait à moins... Elle rentre donc à Marcourt et y oublie quelques peu ces vexations. Elle y retrouve même ses élans révolutionnaires et défend les pauvres de son village. Elle séjourne à Liège puis à Xhoris où elle achète un lopin de terre, voulant désormais mener une existence campagnarde.

Mais ce calme est de courte durée : une nouvelle rumeur court à son propos. On l'accuse d'avoir été envoyée en Belgique par les Jacobins et chargée de la mission de renverser la monarchie autrichienne. Un ancien ambassadeur d'Autriche en France, confident de Marie-Antoinette, se persuade de la véracité de ces rumeurs. Et quand bien même ce serait faux, il est certain de sa participation aux journées d'octobre, ce qui, à ses yeux, mérite en soi amplement punition. Il décide de la faire enlever pour la faire juger. Il recrute des mercenaires parmi d'anciens officiers royaux français en mal d'argent et d'action. Le 15 janvier 1791, elle est capturée pour être conduite à Vienne.

Durant les 10 jours de son voyage, ses ravisseurs n'auront de cesse de lui faire avouer des crimes qu'elle n'a pas commis et auxquels elle n'a même pas participé ! L'un d'eux n'hésitera d'ailleurs pas à rédiger des " Aveux " qu'elle n'a jamais fait ! Il lui fera dire qu'elle a participé aux événements d'octobre fomenté des troubles dans la province de Liège. Ils tenteront également de la violer, mais elle se défendra becs et ongles. A propos de cet épisode, les journaux royalistes la représenteront comme une basse séductrice tentant de corrompre ses ravisseurs qui résistent courageusement à ses avances...

De Vienne, elle est transférée dans une austère forteresse tyrolienne où elle est tenue au secret sous un faut nom. Théroigne a alors le bon sens de demander à être jugée par " son " empereur, n'étant pas de nationalité française. Son seul délit vis-à-vis de la justice autrichienne est le délit d'opinion pour lequel elle est certaine de ne pas être condamnée. Elle envoie une lettre en ce sens à son frère, lui enjoignant d'aller plaider sa cause à Vienne. Il n'en fait rien et en profite pour quémander une aide financière supplémentaire auprès de l'homme chargé des affaires de Théroigne.

La grande chance de la captive est de voir son l'instruction menée par un fonctionnaire très scrupuleux, plus désireux d'établir la vérité que de servir l'administration à laquelle il appartient. Néanmoins, la procédure méthodique sera longue et fastidieuse.

En août 1791, elle sort de prison pour des raisons de santé et s'installe dans un maison à Vienne. Elle y rencontre l'empereur Léopold et peut plaider sa cause. Fin novembre, elle est de retour à Bruxelles.

Il est à noter que malgré l'attitude déplorable de son frère à son égard, elle continuera à dépenser sa fortune à son avantage, obligée d'acheter une affection qu'elle ne recevra pourtant jamais en retour...

En janvier 1792, rentrée en France, elle se montre belliciste. Irritée par son injuste incarcération, elle rêve à présent de délivrer les Pays-Bas du despotisme de l'aristocratie. Elle propose la première la création de légions d'amazone.

En février 1792, elle est très populaire grâce à sa mésaventure. Elle devient le symbole de la révolutionnaire arbitrairement malmenée par l'état monarchique. Elle est néanmoins conspuée pour ses propositions à la fois par la presse révolutionnaire et monarchiste.

Le 11 mars , Théroigne convoque des citoyennes au Champs de Mars dans le but de recruter des légions d'amazones. Elles n'est plus la seule à réclamer ces bataillons féminins, elle est suivie par Pauline Léon et la Société fraternelle de Minimes. Néanmoins, aucune d'entre elles ne remettra en cause l'idée de la femme au foyer en dehors des périodes troublées. Le 25 mars, Théroigne prendra la parole à ce club, précisément pour annoncer son opposition à l'image de la femme au foyer et au fait qu'elle doive " demander la permission " à son mari avant d'aller se battre... ì Armons-nous ; nous en avons le droits par la nature même de la loi ; montrons aux hommes que nous ne leur sommes inférieures ni en vertus, ni en courage (...) Mais, Françaises, actuellement que les progrès des lumières vous invitent à réfléchir, comparez ce que nous sommes avec ce que nous devrions être dans l'ordre social. Pour connaître nos droits et nos devoirs, il faut prendre pour arbitre la raison, et guidée par elle, nous distinguerons le juste de l'injuste. Quel serait donc la considération qui pourrait nous retenir ?....

Nous nous armerons, parce qu'il est raisonnable que nous nous préparions à défendre nos droits, nos foyers, et que nous serions injustes à notre égard et responsables à la patrie si la pusillanimité que nous avons contractée dans l'esclavage avait encore assez d'empire pour nous empêcher de doubler nos forces. [...]

Il est temps enfin que les Femmes sortent de leur honteuse nullité, ou l'ignorance, l'orgueil, et l'injustice des hommes nous tiennent asservies depuis si longtemps [...]

Citoyennes, pourquoi n'entrerions-nous pas en concurrence avec les hommes ? Prétendent-ils seuls avoir des droits à la gloire ; non, non.... " (p109-110)

Elle se vêt toujours en amazone, de son propre aveu : " pour avoir l'air d'un homme et fuir ainsi l'humiliation d'être une femme " (p.111)

Elle est à l'apogée de sa gloire.

Le 12 avril, au Club des Jacobins, on dénonce " l'amazone coupable d'avoir troublé l'ordre public " (p.113) Elle sera à peine défendue par ses anciens amis.

Le 23 avril, on lui refuse la parole et on la ridiculise devant toute l'assemblée " Rien n'est plus ridicule à leurs yeux en cet instant que l'opinion d'une femme " (p.117).

A cette époque entre en scène Claire Lacombe qui a aussi l'ambition d'armer les femmes. Mais Théroigne joue ses dernières cartes en perdante auprès des Girondins tandis que Claire Lacombe espère être soutenue par les Jacobins.

Le 10 août, Théroigne participe à un épisode sanglant et à la mise à mort d'un royaliste.

Du 2 au 9 septembre, les massacres se multiplient. Bien que Thèroigne en soit absente, l'iconographie populaire la montrera en furieuse tueuse.

Le 9 novembre, on sait qu'elle a de graves problèmes financiers. On perd alors sa trace jusqu'en mai 1793. Elle reparait en rédigeant un placard qui sera son testament révolutionnaire. Elle y fait un résumé des derniers événements politiques, appelle à la paix en France et fait un projet de magistrature féminine de paix civile.

Elle assiste également aux travaux de la Convention. C'est ainsi que le 13 mai, elle est prise à partie par des mégères jacobines qui la dénudent et la fouettent devant les portes de la convention. Sauvée par Marat, elle ne se remettra pas de cette humiliation. Sans doute prend-elle tout à coup conscience de tous ses échecs.


En été 1793, elle quitte la vie publique.

Au printemps 1794, le deuxième frère de Théroigne, devenu blanchisseur à Paris, demande la mise en tutelle de sa sur pour cause de folie. S'il veut la faire déclarer folle, c'est à la fois pour la protéger de l'échafaud que pour servir ses intérêts financiers propres.

Le 20 septembre 1794, elle est reconnue officiellement folle et début 1795, elle est internée par son frère à la Maison de Folles du faubourg Saint Marceau. On ne tient pas compte des protestations de Théroigne qui est définitivement considéré comme démente.

En 1797, elle est transférée au Grand Hospice de l'Hôtel-Dieu . Et le 9 décembre 1799, à la Maison des Folles de la Salpétrière. Les conditions de vie y sont déplorables : les aliénées sont à peine vêtues de haillons, elles sont parfois enchaînées, vivent au milieu de leur ordures dans des pièces non chauffées et non aérées, elles couchent sur de la paille,...

Ses frères l'abandonnent totalement. Elle continuera jusqu'à la fin de sa vie à tenir des discours - monologues - révolutionnaires, définitivement coupée de la réalité. Elle mange des immondices et boit l'eau salie par les ordures, elle se livre à des rites " purificatoires ", mouillant en toute saison son corps d'eau glacée, elle mord, rampe, se promène nue... Sa santé jusque là fragile devient paradoxalement de fer. Elle résiste à tout ce qu'elle s'inflige, y compris dormir sur la paille qu'elle a mouillée ainsi qu'à de nombreuses maladies. Elle finira par se laisser mourir de faim, refusant toute nourriture. Après son décès, on fait l'autopsie de son corps et le moulage de son crâne avant de la jeter dans la fosse commune du cimetière de l'hôpital, Nous sommes le 23 juin 1817, elle a passé 23 ans à l'asile...

Ne voyez pas une propension au macabre dans la présentation du masque mortuaire de Théroigne. Il est le seul portrait fidèle que nous ayons d'elle ! Après avoir été dépossédée de l'affection qu'elle était en droit d'attendre de sa famille ou des hommes, de son nom, de ses ambitions artistiques et politiques, de ses actes et de son histoire (aujourd'hui encore !), on constate qu'elle l'a même été de son image. Tous les portraits de Théroigne furent exécutés sans modèle, sauf celui de la Salpétrière. Mais le dessinateur y a mis volontairement tous les stigmates " caractéristiques " de la folie...

Quel était donc son vrai visage ? La maladie et la mort en ayant déformé les traits, cela restera un mystère... de plus.

©Annie Pilloy, 17.02.1989 , ( parution initiale: périodique trimestriel de l'ASBL " Changeons les Livres " n° 17, avril 1989  )



 
Bibliographie à propos des femmes dans la Révolution française: