Comment vit la femme 
avant la Révolution française ?

 
C’est avant tout une affaire de classe sociale. Les femmes de la noblesse sont les seules à pouvoir se permettre d’avoir un grand appétit de savoir. Les idées humanitaires des Lumières font flotter dans l’air un esprit de liberté. Par les salons et les lectures, elles ont accès au savoir traditionnellement réservé aux hommes. Elles goûtent tant à la science (de l’astronomie à l’alchimie, en passant par les mathématiques) qu’à la littérature, la philosophie et la politique.
Femmes entre elles dans un salon: on boit du thé, du café ou du chocolat; on parle potins, voisins et enfants; on brode  “ l’Amour ” au petit point. 
(L’Amour au petit point. Jean-Baptiste Mallet. Musée Cognacq-Jay.) Illustration provenant du livre Les femmes dans la tourmente, p.24
Les bourgeoises sont plus limitées dans leur quête du savoir : elles apprennent de leurs maris ce qui est nécessaire à les seconder occasionnellement et à diriger leur personnel de maison. Pour combler leur ennui, elles s’occupent de bonnes oeuvres et sont l’origine des dames patronnesses. Les plus riches d’entre elles, à l’image des dames nobles, tiennent également salon.

Mais la grande majorité des femmes appartiennent sont paysannes ou exercent divers petits métiers : tisserandes, fileuses, marchandes des quatre saisons, laitières, boulangères, lingères, lavandières, repasseuses, soubrettes, cuisinières, servantes, nourrices (surtout à la campagne, en plus des tâches rurales), bouquetières, tricoteuses,... Leur salaire est très maigre, bien inférieur à celui des hommes et, parfois, il couvre à peine les frais de nourrice et d’internat des nombreux enfants dont elles doivent se “ débarrasser ” pour pouvoir exercer un métier.

Les droits des femmes en général sont quasi inexistants. Elles n’ont pas de statut et ne quittent leurs parents que pour se marier ou entrer au couvent. Elles sont totalement dépendantes de leurs époux et qu’il n’est pas encore question de divorce. Elles n’ont pas de droit de propriété et n’ont aucun droit politique. Si elles peuvent participer parfois aux assemblées d’habitants (notamment dans l’Ouest de la France), en pratique, elles ne le font pas.

L’enseignement est peu ouvert aux filles. Tout au plus leur est-il de fréquenter les rares écoles communales ou les cours dispensés par les religieuses des couvents, si leur aide aux travaux ménagers n’est pas nécessaire. Elles y apprennent des rudiments de lecture et d’écriture, mais surtout à remplir leurs futurs rôles de mère et de ménagère et quels sont leurs devoirs.

Dès 1698 pourtant, Fénelon dans son “ Traité de l’Education des filles ” jugeait qu’il était de bon ton de leur enseigner la lecture et l’écriture, mais aussi l’arithmétique, la morale, la décence, la piété et des connaissances agricoles. En 1686 avait d’ailleurs été créée la Maison royale de Saint Cyr par Madame de Maintenon. Les jeunes filles y apprenaient à lire, écrire, danser le menuet et jouer aux échecs et aux dames. Inutile de préciser à qui était réservé cet enseignement...

Au XVIIIe siècle, Marie Leszczynska créa l’Institution de l’Enfant Jésus dont le programme et les ambitions ne diffèrent pas de Saint-Cyr.

Si les théories à propos de l’éducation se multiplient, il est toujours fait une différenciation entre celle que recevront les filles et les garçons. Il n’existe donc aucun moyen réel pour les filles, même issues des milieux les plus favorisés, de se cultiver comme peuvent le faire certains hommes, sinon en autodidactes.

Si Montesquieu déclare que : “ La nature, [..]) ne soumet pas les femmes aux hommes .”, et que : “ Nos filles ont un esprit qui n’ose penser, un coeur qui n’ose sentir, des yeux qui n’osent voir, des oreilles qui n’osent entendre, elles ne se présentent que pour se montrer stupides, condamnées sans relâche à des bagatelles et à des préceptes. ”, Voltaire se montre bien plus mitigé à leur égard. Quant à Rousseau, il ne permettra jamais à la femme d’être autre chose que le complément de l’homme. Comme l’a si bien dit Elisabeth Badinter dans “ L’amour en plus ” (p.310) : “ c’est une créature essentiellement relative. Elle est ce que l’homme n’est pas pour former avec lui, et sous son commandement, le tout de l’humanité. ”. Elle se doit donc d’être timide et soumise, modeste, faible et passive. Toute son éducation tend au moins autant à former son caractère en ce sens qu’à lui enseigner la religion, la couture, un peu de calcul, de grammaire, de géographie et d’histoire, ainsi que des rudiments de médecine et de pharmacie, toutes matières directement utile à élever sa progéniture.

Certaines thèses naturalistes donnèrent même les animaux en exemple aux “ mauvaises mères ” qui se déchargeaient volontiers de leurs enfants auprès de nourrices. Et puisque les femelles n’avaient nul besoin de recevoir d’éducation pour élever parfaitement leurs petits, on alla jusqu’à se poser la question de savoir s’il fallait ou non instruire les filles d’une quelconque façon !

Dans l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert, à l’article Femme, rédigé par un médecin, il est constaté que l’homme, dans les usages habituels, détient les pouvoirs :

 “ FEMME, (Droit nat.) en latin uxor, femelle de l’homme, considérée en tant qu’elle lui est unie par les liens du mariage. [...]

Comme cette société a pour but principal la procréation & la conservation des enfants qui naîtront, elle exige que le père & la mère consacrent tous leurs soins à nourrir & à bien élever ces gages de leur amour, jusqu'à ce qu’ils soient en état de s’entretenir & de se conduire eux-mêmes.

Mais quoique le mari & la femme aillent au fond les même intérêts dans leur société, il est pourtant essentiel que l’autorité du gouvernement appartienne à l’un ou à l’autre : or le droit positif (politique) des nations policées, les lois & les coutumes de l’Europe donnent cette autorité unanimement & définitivement au mâle, comme à celui qui étant doué d’une plus grande force d’esprit & de corps, contribue davantage au bien commun, en matière de choses humaines & sacrées ; en sorte que la femme doit nécessairement être subordonnée à son mari & obéir à ses ordres dans toutes les affaires domestiques. C’est là le sentiment des jurisconsulte anciens & modernes, & la décision formelle des législateurs.

Aussi le code Frédéric qui a paru en 1750, & qui semble avoir tenté d’introduire un droit certain & universel, déclare que le mari est par la nature même le maître de la maison, le chef de la famille ; & que dès que la femme y entre de son bon gré, elle est en quelque sorte sous la puissance du mari, d’où découlent diverses prérogatives qui le regardent personnellement. Enfin l’Ecriture-Sainte prescrit à la femme de lui être soumise comme à son maître. ”

Il tente également de démontrer que l’on peut formuler des remarques à propos de cet état de fait et même y proposer des alternatives :
“ Il paraît d’abord 1°. Qu’il serait difficile de démontrer que l’autorité du mari vienne de la nature, parce que ce principe est contraire à l’égalité naturelle des hommes ;(...)

   2°. L’homme n’a pas toujours plus de force de corps, de sagesse, d’esprit, & de conduite, que la femme .

   3°. Le précepte de l’écriture étant établi en forme de peine, indique assez qu’il n’est que de droit positif (politique). On peut donc soutenir qu’il n’y a point d’autre subordination dans la société conjugale, que celle de la loi civile, & par conséquent rien n’empêche que des conventions particulières ne puissent changer la loi civile, dès que la loi naturelles & la religion ne déterminent rien au contraire.

Nous ne nions pas que dans une société composée de deux personnes, il ne faille nécessairement que la loi délibérative de l’une ou de l’autre l’emporte ; & puisque ordinairement les hommes sont plus capable que les femmes de bien gouverner les affaires particulières, il est très judicieux d’établir pour règle générale, que la voix de l’homme l’emportera tant que les parties n’auront point fait ensemble d’accord contraire, parce que la loi générale découle de l’institution humaine, & non pas du droit naturel. De cette manière, une femme qui sait quel est le précepte de la loi civile, & qui a contracté son mariage purement et simplement, s’est par là soumise tacitement à cette loi civile. ”

Il en donne quelques exemples historiques. Néanmoins, dans la suite de l’article qui concerne la morale, il n’hésite pas à déclarer que :
“ Cette moitié du genre humain, comparée physiquement à l’autre, lui est supérieur en agréments, inférieur en force. La rondeur des formes, la finesse des traits, l’éclat du teint, voilà ses attributs distinctifs.
Les femmes ne diffèrent pas moins des hommes par le cœur & par l’esprit, que par la taille & la figure ; mais l’éducation a modifié leurs dispositions naturelles en tant de manières, la dissimulation qui semble être pour elles un devoir d’état, a rendu leur âme si secrète, les exceptions sont en si grand nombre, si confondues avec les généralités que plus on fait d’observations, moins on trouve de résultats.

Les femmes n’ont guère que des caractères mixtes, intermédiaires ou variables ; soit que l’éducation altère plus leur naturel que le notre ; soit que la délicatesse de leur organisation fasse de leur âme une glace qui reçoit tous les objets, les rend vivement, & n’en conserve aucun. [...]

Si cette même délicatesse d’organes qui rend l’imagination des femmes plus vive, rend leurs esprit moins capables d’attention, on peut dire qu’elles aperçoivent plus vite, peuvent voir aussi bien, regardent moins longtemps. [...]

Les femmes sont vindicatives. La vengeance qui est l’acte d’une puissance momentanée, est une preuve de faiblesse. Les plus faibles & les plus timides doivent être cruelles : c’est la loi générale de la nature, qui dans tous les êtres sensibles proportionne le ressentiment au danger.
Comment seraient-elles discrètes ? elle sont curieuse ; & comment ne seraient elles pas curieuses ? on leur fait mystère de tout : elles ne sont appelées ni au conseil, ni à l’exécution. ”

Ce dernier paragraphe prouve au moins une certaine lucidité quant aux raisons de leur comportement. Néanmoins, nulle ressemblance morale entre les deux sexes ne peut exister, elle se muerait automatiquement en défauts :
“ Distingués par des inégalités, les deux sexes ont les avantages presque égaux. La nature a mis d’un côté la force & la majesté, le courage & la raison ; de l’autre, les grâces & la beauté, la finesse & le sentiments. Ces avantages ne sont pas toujours incompatibles ; ce sont parfois des attributs différents qui se servent de contrepoids ; ce sont quelquefois les mêmes qualités, mais dans un degré diffèrent. Ce qui est agrément ou vertu dans un sexe, est défaut ou difformité dans l’autre. Les différences de la nature devraient en mettre dans l’éducation ; c’est la main du statutaire qui pourrait donner tant de prix à un morceau d’argile. [...]

Que j’admire les femmes vertueuses, si elles sont aussi fermes dans la vertu, que des femmes vicieuse me paraissent intrépides dans le vice !

La jeunesse des femmes est plus courte & plus brillante que celle des hommes ; leur vieillesse est plus fâcheuse & plus longue. ”

Quant aux défauts “ féminins ”, l’auteur insiste bien sur leur aspect exacerbé et leur origine indéniablement naturelle :
“ Cet art de plaire, ce désir de plaire à tous, cette envie de plaire plus qu’une autre, ce silence du cœur, ce dérèglement de l’esprit, ce mensonge continuel appelé coquetterie  semble être dans les femmes un caractères primitif, qui né de leur condition naturellement subordonnée, injustement servile, étendu, & fortifié par l’éducation, ne peut être affaibli que par un effort de raison, & détruit que par une grande chaleur de sentiment : on a même comparé ce caractère au feu sacré qui ne s’éteint jamais. ”
Ce n’est qu’auprès de Condorcet que les femmes trouveront un appui. Totalement détaché de ces différentes thèses, il demande formellement l’égalité pour les femme, même s’il la nuance d’un “ à peu près ” : “ Décrétons que les femmes et les hommes pourront jouir du droit de cité et l’exerceront dans des conditions à peu près semblables .” Il fait également une remarque aussi amusante que pertinente : “ Pourquoi des êtres exposés à des grossesses et des indispositions passagères ne pourraient pas exercer des droits dont on n’a jamais imaginé priver les gens qui ont la goutte tous les hivers et qui s’enrhument aisément ?

Avec Condorcet, nous voici arrivés à la période révolutionnaire. Suivons y les différents parcours des femmes...


Femmes et révolution, leurs parcours privés et publics

Il n’entre nullement dans mes intentions d’avoir la prétention de retracer l’histoire des femmes pendant une période aussi fertile en événements, mais j’ai tenté de faire un bref résumé des faits de la Révolution qui ont concerné les femmes ou auxquels elles ont pris une part active. Ceci permettra également une compréhension plus immédiate de l’aventure de Théroigne de Méricourt.

Le 1er janvier 1789, les femmes du Tiers Etat envoient un cahier de doléances au Roi pour revendiquer les trois points suivants :

- la gratuité de l’éducation pour les filles et les garçons.

- l’obtentions de privilèges pour certains métiers dont on exclurait les hommes (couturières, brodeuses, marchandes de mode, etc.)

- la condamnation et le marquage des filles publiques.

Elles n’ont à ce moment aucune revendication politique. Les femmes qui s’étaient tenues jusque-là à l’écart des émeutes violentes prennent une part active aux événement des 5 et 6 octobre 1789. Sans doute se sentent-elles plus directement concernées par la Révolution étant directement et cruellement touchées par les augmentations exorbitantes du prix du pain. Elles vont chercher le roi Louis XVI à Versailles et le ramènent aux Tuileries. Michelet lui-même se verra obligé de reconnaître que “ les hommes ont pris la Bastille et les femmes ont pris le roi. ”

De 1789 à 1792, on modifie progressivement les lois concernant le droit de vote. Mais les femmes seront toujours considérées comme des “ citoyens passifs ”, comme les mendiants, les fous et les enfants.

A partir des événements d’octobre, les femmes vont désormais intervenir de deux façons dans la Révolution.

D’une façon massive aux coté des hommes : leur but est de fonder un système qui abolira toutes les inégalités inhérentes aux classes sociales. Leur propre condition semble peu les préoccuper, soit qu’elles n’en aient pas conscience, soit qu’elles supposent que leurs problèmes propres seront réglés dans la foulée des réformes générales.

D’une façon individuelle et élitiste : quelques femmes, philosophes et hommes politiques prennent conscience de la spécificité de la condition féminine et de son infériorité. Ils croient à une réforme profonde de la société à tous les niveaux. Ce féminisme naissant est un mouvement minoritaire. Tout au plus peut-on affirmer que les Girondins y étaient moins opposés que les Montagnards. Ce type de féminisme survivra sous différentes formes jusqu’en automne 1793 qui verra l’interdiction de toute forme d’associations de femmes.

Avec l’annonce de la guerre naîtra un féminisme guerrier qui propose de lever des légions d’amazones pour défendre le pays aux cotés des hommes.

En automne 1790, se crée le premier club mixte : La Société des Amis de la Constitution. Théroigne de Méricourt et Madame Roland, entre autres, y participeront.

Dès février 1791, les révolutionnaires s’inquiètent des revendications féministes. Divers hommes politiques leur signifient qu’il est de leur devoir de rester dans leurs foyers pour y prendre soin des “ braves patriotes ”.


Républicaines participant à une réunion d’un des clubs patriotiques de femmes.(Frères Lesueur. Musée Carnavalet.)
Malgré cela, en mars 1791, Etta Palm fonde la Société des Amies de la Vérité, le premier club exclusivement féminin.

En automne 1791, Olympe de Gouges publie la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne. Elle met en relief le fait qu’une déclaration des droits de l’homme qui se voulait universelle et s’adressant à tous les êtres humains n’est pas appliquées aux femmes qui ne possèdent toujours pas de droits civils ni politiques.

Dès le début de 1792, les revendications purement politiques, et à plus forte raison celles des femmes, passent au second plan à cause de la menace de guerre.

En août 1792, Claire Lacombe crée le Club des Citoyennes républicaines révolutionnaires, et l’on voit surgir une sans-culotterie féminine qui propose d’armer les femmes contre l’ennemi, intérieur cette fois.

En août 1792 toujours, le droit de divorce est accordé aux hommes et aux femmes. Il faudra néanmoins à ces dernières respecter un délai plus long avant de pouvoir se remarier.

Le 20 septembre 1792, les femmes obtiennent les droits civils. Le 19 décembre, elles ont le droit d’apporter leur témoignage. Les femmes ont donc acquis des droits sans pour autant devenir citoyennes à part entière, toujours privées de droits politiques.

En 1793, les revendications de certaines femmes passent par la sans-culotterie. Ce sont des militantes actives et politisées d’une part et de l’autre, des femmes du peuple, patriotes et les trop célèbres tricoteuses. On peut se demander si ce ne sont pas les débordements sanglants de ces femmes et l’assassinat de Marat par Charlotte Corday qui poussèrent les rares défenseurs masculins du féminisme et de l’égalitarisme à y renoncer alors purement et simplement.

En avril 1793, on exclut explicitement les femmes des droits politiques. Cette décision est argumentée de la sorte : “ Les vices de notre éducation rendent cet éloignement encore nécessaire au moins pour quelques années. (Élisabeth ROUDINESCO, Théroigne de Méricourt, Seuil, Paris 1989, p.143.)

Pauline Léon et Claire Lacombe forment néanmoins le second club exclusivement féminin. Mais elles abandonnent les revendications égalitaires, acceptent leur statut de mère et d’épouse tout en signifiant, malgré tout qu’elle refusent d’être plus maltraitées que des bêtes de somme. “ La seule différence consiste dans les devoirs : il en est de publics, il en est de privés […]. Il est impossible de concilier ce que commande impérieusement la nature et ce que commande l’amour du bien public […]. Après avoir rempli les douces fonctions d’épouses et de mères, et avoir vaqué à leurs occupations fondamentales, les citoyennes, sentinelles vigilantes, ont encore des instants à consacrer aux sociétés fraternelles, à la surveillance, à l’instruction. (Elisabeth ROUDINESCO, Théroigne de Méricourt, Seuil, Paris 1989, p.144.)

Le 30 Octobre 1793, on interdit purement et simplement aux femmes de fonder ou d’appartenir à des sociétés féminines.
 
 

Élisabeth Roudinesco conclut :”   On peut ainsi faire l’hypothèse que, si les femmes du peuple apparaissent en l’an 2 comme plus sanguinaires que leurs homologues masculins dans leur fascination pour la guillotine, ce n’est pas à cause d’un “ instinct ” plus pervers, mais bien parce que leur condition de demi-citoyennes, voire de demi-animaux, les conduit à manifester leur opinion par les voies les plus extrêmes : fanatisme, imprécation sectaire, adoration mystique, etc. (Elisabeth ROUDINESCO, Théroigne de Méricourt, Seuil, Paris 1989, p.158.)

Dernier trait symbolique du sort des femmes en ces temps révolutionnaires : plus elles sont absentes ou éloignées de la scène politique et de la vie publique en général, plus on emploiera leur image dans des allégories... Quel choix leur reste-t-il, entre le silence et le mythe ? Sans oublier que le fameux Code Napoléon est encore à venir. Mais cela, c’est une autre histoire....
 


Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

C’est Olympe de Gouges qui est l’auteur de cette “ Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ”, dont nous présentons ici le préambule, le postambule et deux articles caractéristiques. Olympe de Gouges naquit en mai 1748 et fut guillotinée à Paris le 3 novembre 1793. En montant les marches de l’échafaud, elle s’écria : “ Enfants de la patrie, vous vengerez ma mort ”.
Préambule

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en assemblée nationale. Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs [...], afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.
 

Article I

La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
 

Article X

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même fondamentales; la femme a le droit de monter sur l’échafaud; elle doit avoir également celui de monter à la tribune; pourvu que ses manifestations ne troublent pas l’ordre public établi par la loi.
 

Postambule

Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans l’univers; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux femmes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste avec sa compagne. O femmes!

 
Bibliographie