Le Fou Rimailleur.

 

Val sans retour.  
Le Fou bretonne.  
Harpe Celtique.  
Rencontre avec la Licorne.  
Rencontre avec Alcofribas Nasier.  

Votre Fou rimailleur,

seul Fou en ce chateau,

mais parfois rime ailleurs:

l'est trou en son chapeau.

 

Retour aux Chroniques


Le Fou Bretonne. 

 

Oyez, gens du chateau!  Le Fou a retrouve

pres sa harpe celtique en sa malle enchantee

poeme tres ancien qu'il recita naguere

pour une fete au chateau du comte de Comper.

Est poeme breton: s'il plait a l'assemblee,

le Fou le traduira apres la recitee.

Voici donc un poeme qu'on dit du grand Merlin:

  En amzer ma dan barzh er bed,

  Me a oa gant an holl enoret

  Dioc'htu ma'z aen 'barzh ar sal,

  E klevet an holl a youc'hal!

  Dioc'htu ma kane va zelen

  Koueze diouzh ar gwez qour melen

  Roueed ar vro am c'hare,

  Roueed all holl am douje

  An dudigou paour lavare

  - Kan, Merzhin, kan, e pep mare

  Lare eure ar vretoned

  - Kan, Merzhin, An traou da sonet!

Du temps ou j'etais barde dans le monde,

  J'etais honore de tous

  Des mon entree dans les palais

  La foule m'acclamait

  Sitot que ma harpe chantait

  Des arbres l'or jaune tombait

  Les rois du pays m'aimaient

  Les rois etranger me craignaient

  Les petits gens pauvres disaient:

  - Chante, Merlin, chante toujours

  Les bretons disaient:

  - Chante, Merlin, les choses a venir.

Merlin etait, dit-on, grand maitre des trois arts:

d'abord le pousse-aux-reves ou Suantraidhe,

ensuite, pousse-aux-larmes, est le Goltraidhe,

enfin le pousse-aux-rires ou Geantraidhe.

Et votre pauvre Fou?  Il joue avec sa harpe

en revant a Bretagne, Merlin et Vivianne...

... ha me'glevan ar viniou hag an telennou ... 

 

Le Fou, nostalgique.

 

Retour au Début


Harpe Celtique. 

 

Le Fou dans ses papiers vieux poemes a trouves,

qu'il entendit conter en chateau de Comper.

Brizeug aurait ecrit en breton le premier,

Le Braz en l'ecoutant composa le second

dans un francais recent que vous pourrez gouter

car c'est un meme reve qu'il a voulu conter.

  Dilezet war gerreg ar mor

  Tevel a rae an delenn aour

  E c'horfig hanter zigoret

  Hag a c'hordinigou torret

  O wellout un dizeur ken bras

  Va c'halon ivez a rannas

  Me 'gavas enni un nervenn

  Hag e stagas ouzh an delenn

  Ur gordennig a garantez

  Ar re all a stagis ivez

  Evit pep oad, evt pep stad

  Breman son ar sonerezh vat

  Sonit telenn ar vretoned

  Kalz komfort allas n'o deus ket

Quoi?  Point de traduction?  Beau sires et belles dames,

ne suis-je point un Fou?  Veuillez calmer vos ames,

car un bien beau poete, bien mieux qu'un pauvre fou,

pour la harpe celtique ecrivit vers si doux

qu'a ma bien grand'honte j'ai modifies pour vous:

  Un soir que vous reviez assise au bord des greves,

  Vint s'etendre a vos pieds le harpeur de Comper.

  Les reves qu'il chantait ressemblaient a vos reves,

  Comme Broceliande aux rumeurs de la mer.

  Il disait la beaute de la terre Bretagne,

  Son sortilege lent, delicat et secret,

  Et c'etait votre charme, amie de Viviane,

  Qu'en chantant son pays le harpeur celebrait.

Et le Fou en grattant sur sa harpe celtique

reve encore a Comper et a Broceliande,

au Perron de Merlin et a jolie Morgane

qu'il a cru voir un soir qu'il egrenait ses notes

assis sur un rocher au bord de la fontaine

qu'on dit de Barenton.  Elle s'etait posee

comme pour ecouter bruire Broceliande

et resonner au son de la harpe celtique...

Quand la derniere note se fut evaporee,

l'ombre devenue dense ne me l'a point cachee:

apres un long soupir elle m'a semble voler

vers des fourres si drus que le Fou n'a ose

s'y avancer de nuit sans etre protege.

Or des le lendemain, avec deux ou trois gardes

du chateau de Comper, il a fouille buissons,

trouvant moult ecorchures, car le Fou n'est qu'un barde

et la foret sauvage est pleine de lecons

pour qui n'a pas appris qu'aux branches les epines

servent de protection.  C'est ecartant epines 

que le Fou est tombe sur le chemin discret

qui entre les buissons menait a la chapelle

et au puits asseche de Saint-Emmanuel.

Et si melancolie rend votre Fou distrait,

c'est qu'il a l'impression que la fee l'appelait,

mais qu'il fut trop couard que pour oser fouiller

le tunnel sis au fond du vieux puits asseche...

  Un soir que vous reviez assise au bord des greves,

  Vint s'etendre a vos pieds le harpeur de Comper.

  Les reves qu'il chantait ressemblaient a vos reves,

  Comme Broceliande aux rumeurs de la mer.

  Il disait la beaute de la terre Bretagne,

  Son sortilege lent, delicat et secret,

  Et c'etait votre charme, amie de Viviane,

  Qu'en chantant son pays le harpeur celebrait.

Votre Fou reve encore aux beaux yeux de la fee

qui revait la foret par ses notes enchantee...

Ainsi parfois la nuit, votre Fou rimailleur

reve a Broceliande, et parfois rime ailleurs...

le Fou

 

Retour au Début


  

Retour au Début


Rencontre avec Alcofribas Nasier. 

 

Alcofribas Nasier!  Je suis, tres cher ami,

si heureux de vous voir!  J'etais jusqu'a present

le seul Fou du chateau, or vous voila admis,

Reisan Sabir Focla, qui serez, je le sens,

encor plus fou que moi: ami de la sagesse

qui osez mettre ainsi au milieu de son nom

celui du vieux langage auquel, et par paresse,

ont recours les philo sophistes de renom.

Comme je suis un Fou, je me dois de moquer

a la cour assemblee les faux semblants d'idees,

les reves de grandeur, les gens qui vont piquer

a quelqu'ancien auteur leurs nouvelles idees,

en deux mots comme en cent: les frimeurs, les mechants.

Voila, mon cher ami, pourquoi je fais ce chant:

Son Altesse Princiere saura recompenser

d'un sourire avenant vos illustres pensees,

philosophe sans iste, ami du vrai discours,

Alcofribas Nasier, bienvenue a la cour!

-- Votre Fou rimailleur,

   seul Fou en ce chateau,

   qui parfois rime ailleurs:

   est trou en son chapeau.


 
 

 

Retour au Début


Val sans retour. 
 
Or donc la noble preceptrice de son altesse ecrivit: 

Si seule en son chateau, moi je parcours la foret et viens de faire un arret au Val- sans- retour.!!! Le seul endroit dont on ne reviens pas parce qu'on ne peut pas y aller. 
Du haut d'un premontoire on peut voir l'etrange spectacle que nous offre la derniere demeure de la fee Morgane( trahie par Guyomard a qui elle avait donne son coeur, fit de ce lieu un piege pour les amants infideles. 
Comme cela est triste de penser a tous ces amants .... 

A qui valse en retour au beau val sans retour, le Fou peut raconter ce que lui dit naguere le comte de Comper, en le chateau duquel  le Fou faisait le fou, et composait sans rimes. 

"La fee Morgane etait, dit-on, la soeur du roi  Arthur qui gouverna Bretagne au temps des fees. 
C'est faux, mon Fou, en fait Morgane etait la soeur  de Merlin l'enchanteur.  Et ce sont ses amants  qu'elle enfermait toujours dans le val sans retour  ou elle avait chateau que l'on ne pouvait voir, pour punir son premier qui l'avait delaissee. 
Or la Dame du Lac qui prit Arthur blesse  et cela son epee, etait aussi Morgane. 
Elle a sauve Arthur et l'a pris pour amant  en ce lieu inconnu ou depuis elle attend." 

 "Et Viviane la fee, sire comte, contez  ce qu'il advient d'elle, l'amante de Merlin."

"Viviane etait la fille d'un de mes ancetres. Eleve de Merlin, elle etait aussi fee. Elle vivait aussi dans le chateau du Lac au fond de la vallee ou Morgane la fee capturait ses amants.  Quand Arthur disparut, elle endormit Merlin et rejoignit Morgane. 
Ils attendent depuis dans ce chateau etrange dont l'entree est sous l'eau dans le Val sans retour." 

"Et qu'est-ce donc alors, que ce lieu que l'on nomme le Tombeau de Merlin?  On n'y voit rien d'etrange." 

"Y fut jadis dolmen, dont une pierre dressee devint Perron Merlin, tout pret de la fontaine qu'on dit de Barenton.  Quant aux trois autres pierres, elles furent dispersees pour perdre le secret de la seconde entree du Chateau sous le Lac." 

"On dit, beau sire comte, qu'un jour prochain viendra ou Arthur et Merlin, surgissant du sommeil, rendront a la Bretagne sa splendeur de naguere et meneront Bretons a leur nouvelle gloire." 

"C'est reve d'enfancon que ce beau conte la, Arthur et fee Morgane, Merlin et fee Viviane, quand se reveilleront auront bien mieux a faire que reprendre une guerre qui fut perdue naguere. 
Le monde a bien change et a part quelques sots, Bretons n'ont plus envie de repandre le sang." 

Voila ce que m'a dit, dans un loin temps passe, le comte de Comper pour qui je fis le Fou et qui m'a honore de sa grande amitie. 
Esperant avoir plu a la noble assemblee, je fais sonner grelots et signe en grimacant: 

                                               le Fou.

 

Retour au Début